Samedi 10 mai 2014 à 17:35

Tout est terminé. Les examens les plus longs de la vie sont passés, et plutôt bien. Un doute subsiste, qui m'empêchera de programmer quoi que ce soit aux dates des éventuels rattrapages, mais je suis sereine au moins jusqu'à la fin du mois. Les projets se portent bien, eux aussi. Après avoir attendu des semaines pour des réponses négatives à la mais-j'aurais-pas-de-temps-à-vous-consacrer-entre-mon-boulot-et-mes-gosses, j'ai eu la délicieuse surprise d'ouvrir un jour un mail qui me disait : "J'accepte avec plaisir de diriger votre mémoire". Grands dieux ! Avec plaisir ? Et sans hésitation ? J'ai fait le tour de mon appart à pieds joints en poussant des cris suraigus, légèrement incrédule. Depuis ce jour béni, je me sens légère. Le futur est en marche, ma dernière année a trouvé sa raison d'être ou plutôt son moyen de subsistance, et je vais pouvoir tenter de répondre à la problématique qui me taraude depuis plus d'un an. Waouh.
Soudain on se sent grands. Cette troisième année dernière moi, je remonte le temps et je me souviens de comment je me sentais au départ, et surtout de comment on s'adapte à tout. L'année des concours, je considérais les orthophonistes (jamais rencontrées de ma vie) comme des déesses et les étudiantes en orthophonie comme des demi-déesses. Puis j'ai rejoins leurs rangs et j'ai rapidement trouvé ça normal. "J'étais faite pour ça, je ne pouvais que réussir." Des conneries qu'on me racontait pour m'encourager au concours et dont je ne croyais pas un traître mot. Ce n'est pas parce que c'est moi que je vais y arriver. Et puis un jour, il faut bien accepter d'être 14ème sur 1100 et que non non, ce n'est pas une erreur. Alors on s'habitue vite à avoir réussi et à l'idée que c'était inévitable. Parallèlement est venue la désidéalisation de mes camarades étudiants en orthophonie, qui sont des gens comme moi ou presque, pas plus divins que ce que je croyais être à l'époque où je n'avais aucune confiance en mon avenir. Par contre, depuis ma première année gentiment théorique et encore peu orthophonique, j'observais les troisième année grandes et belles et déjà presque professionnelles, ne parlons même pas des quatrième année.
Et voilà que j'y suis. Que je ne suis pas plus grande qu'en première année, mais sûrement un peu plus belle, et surtout beaucoup plus instruite et expérimentée dans mon domaine. Nous voilà à jouer aux vieux cons qui ne s'intéressent plus aux événements de notre amicale, à râler quand on veut nous prendre en photo pour un trombinoscope, parce qu'on a du boulot, parce qu'on a nos amis et qu'on n'a plus envie de rencontrer d'autres étudiants ortho pour parler encore et toujours d'orthophonie, bouffer ortho toute la journée.

Et nous voilà à la place des grands, bientôt doyens de l'école, à passer des examens, les tout derniers examens, qui donnent enfin l'impression de nous préparer à un vrai métier. Et nous commençons à nous sentir responsables, à savoir que nous SAVONS, que nous serons bientôt prêts à nous lancer dans la vie active, alors que c'était à peine envisageable il y a deux ans. Je ne me croyais pas capable de réussir le concours. Je ne me croyais pas capable de rédiger mes rapports de stage. Je ne me croyais pas capable de m'intéresser à un sujet particulier pour en faire un mémoire, mener des recherches, une expérimentation et une soutenance. Et pourtant, tout arrive. C'est toujours normal, cela survient toujours au bon moment, et on finit par oublier que ça a été difficile, que ça a généré beaucoup de stress, parce que l'étape suivante est toujours d'un niveau de difficulté supérieur, et qu'on finit toujours par s'en sortir.
C'est peut-être pour cela que je dois continuer d'écrire. Pour conserver les instants de rage, de désespoir et d'angoisse, pour ne pas oublier les efforts, pour se rappeler qu'on n'a pas tout obtenu juste en claquant des doigts.

Ma survie dans ces moments-là, je la dois à ma petite bande qui s'est formée mine de rien ces derniers mois, qui a été un soutient dans le stress, des effusions de joie dans les bonnes nouvelles, et surtout une distraction parfaite pour oublier les problèmes des autres que je trimballe avec moi.
Merci les amis.

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Mardi 11 juin 2013 à 22:31

Alors j'ai fini par acheter le maillot de bain corail plus-ou-moins bandeau qu'on trouve à peu près partout décliné en diverses formes et nuances de rose-orange. Un maillot de pin-up à volants. Fluo, à la limite du ridicule. Le monde change et nous avec ; si on m'avait dit que j'allais m'acheter un bikini rose fluo le matin même de l'achat, je n'y aurais pas cru. Et je n'y croyais toujours pas en passant à la caisse, mais j'avais envie d'audace ; peut-être même de me faire remarquer. J'ai en tête tous ces exemples de filles qui régressent physiquement parce que leur mec leur semble acquis et qu'elles ne cherchent donc plus à séduire, ou encore cette sublime phrase d'une copine qui disait : "Je ne me suis jamais aussi peu souciée d'avoir de beaux sous-vêtements que depuis que j'ai un copain ; non mais c'est vrai, je les garde tellement peu longtemps !". Pour moi, c'est tout l'inverse. J'ai plus que jamais envie d'être féminine et séduisante. Peut-être parce que je me redécouvre, peut-être parce que je renais dans les yeux d'Eric. J'ai ouvert mon champ des possibles ; l'imagination et la créativité me sont revenues, et les envies de faire mille choses. Je ne me souviens pas avoir déjà eu autant d'idées à réaliser, seule ou à deux. C'est l'âge d'or, mes amis.

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Samedi 2 mars 2013 à 0:10

J'ai donc 21 ans. Pas d'attente particulière cette année, pas de frisson à entrer dans une nouvelle ère, pas de grosse fête de famille ni de surprises. Après les 18 puis les 20 ans, l'arrivée des 21 est discrète. On s'y prépare moins, on se laisse presque surprendre, c'est plus agréable ; on risque moins de déception. Mes 20 ans n'ont franchement pas servi à grand-chose. Les choses se passent toujours à l'inverse de ce qu'on attendait. Je pensais que 19 ans était un âge inutile, et pourtant ce fut une année bien plus marquante que celle des 20. Une année sur quatre d'études en orthophonie. Des amis, certes, mais les amitiés se sont constituées avant l'entrée dans ma deuxième décade. Non, décidément, je ne regretterai pas mes vingt ans. Je n'en parlerai jamais avec nostalgie comme d'une période dorée. C'est tant mieux car je compte bien continuer à aimer vieillir.
C'est donc là que commencent les 21. Très bien même, ce commencement. Je sens cette année 2013 très prometteuse. Il faut toujours un bon bordel en début d'année pour bouleverser les habitudes, sortir la tête du brouillard, tourner des pages et autres trucs. Je le sens très, très très bien. Ca va être formidable, je vous assure. Attendez un peu que les vacances prennent fin, et ensuite il n'y aura plus que la vie.

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Une photo, piquée ici, de la première partie du concert au Molodoï. Non pas vraiment par amour pour cette chanteuse, mais pour la beauté de la photo, et pour Doriane et moi à l'arrière plan.

Samedi 19 janvier 2013 à 19:05

What I need too much is days. What I need too much is nights. What I need is never done, what I need is never found, what I need is ever wasted.

J'ai mis mon plus beau pantalon de clocharde et je suis partie sous les ponts, sous les stalactites, sous les saules pleureurs. A l'étage inférieur, le long de la rivière, à un mètre de l'eau ; le chemin pour moi seule, la ville et les gens au-dessus de ma tête. Pas de plus belle manière d'illustrer que je vis dans le monde sans y être. Ou que j'y suis sans y vivre. Je marche pour faire fonctionner mon corps parce que mon cerveau s'est arrêté. Si je ne lance pas le mouvement perpétuel, comme les métronomes ou le principe d'inertie ou je ne sais plus comment ça s'appelle, je suis un poids mort. Il y a quelque chose en moi qui gronde et ne demande qu'à sortir, mais ne peut pas. Comme l'orgasme qu'on effleure mais qu'on n'atteint pas, il y a ce sanglot au fond de la gorge prêt à bondir mais qui ne sortira jamais, cette enclume dans la poitrine qui empêche de respirer et attire le corps vers le sol, incroyablement lourd. Je suffoque. J'étouffe d'être moi, de ne pas avoir changé en deux ans, de ne pas savoir vivre, de foncer toujours droit dans le mur sans aucun instinct de survie, de supporter ce corps qui exige ce qu'on lui refuse. Je tousse dans la fumée dense qui a envahi mes pensées. Je n'ai jamais eu d'addiction à une quelconque substance, et pourtant je sais ce qu'est l'état de manque. Je suis réduite à néant.

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Samedi 17 novembre 2012 à 18:29

J'ai des yeux de souris de laboratoire. Depuis deux semaines. Rouges. Laissez-moi vous dire que j'ai la haine. On m'a donné un peu n'importe quoi pour arranger ça, à tout hasard, sans succès. C'est encore les compresses de tisane de camomille qui ont été les plus efficaces ! De la tisane de camomille de grand-mères, oui ! Merci la médecine ! Encore une fois, les professionnels ont tardé à faire un diagnostic correct concernant ma petite personne, et encore une fois, ma première hypothèse était la bonne. Comment voulez-vous que je me réconcilie avec les médecins ? Je fais ce que j'ai à faire sans grande conviction, on me demande si ça va mieux, qu'est-ce que j'en sais, je ne sens rien mais quand je trouve un miroir sur mon chemin, c'est le choc à chaque fois. Pas une once de blanc dans mes orbites. "Oh ma pauvre, tes yeux ont la couleur de ton pull !" Je suis un grand être étrange. Je suis un lapin albinos. Seule la taille de mes pupilles montre que je ne suis pas complètement défoncée. J'ai fait mon premier jour de stage dans cet état, de quoi avais-je l'air ? Quand je croise de charmantes personnes dans la rue et que nos regards s'accrochent, je me souviens que le mien n'est pas présentable, et j'abandonne l'idée du charme éphémère. Je tourne la tête. Voilà comment une petite connerie indolore peut devenir le centre de ton existence. Je n'ai pas d'autre ambition dans la vie, actuellement, que celle de récupérer l'aspect normal de mes yeux, mes yeux quoi merde, on parle de la partie de mon corps la plus observée, la plus complimentée, la plus chère. C'est en bonne voie, mais les traitements forment comme une casquette plombée sur mon crâne, une fatigue prématurée. J'ai insisté auprès des copines pour faire quelque chose ce weekend, et je m'apprête à décliner. Pourquoi ? Moins j'en fais, moins je veux en faire. Je m'enfonce dans l'ennui et j'ignore les mains qui se tendent pour m'en sortir. Blasée. Paresseuse. Tout n'est plus que flemme. Drôle d'époque.
Lazy, la-la-la-lazy.

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